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La Belle au bois dormant, par Gustave Doré La Belle au bois dormant, par Gustave Doré 

La Belle au bois dormant (il faut comprendre : La Belle dormant au bois) est un conte populaire. Parmi les versions les plus célèbres figurent celle de Charles Perrault publiée en 1697 avec Les Contes de ma mère l'Oye et celle des frères Grimm (Dornröschen, 1812).

 

L'histoire

Le résumé présenté ici est fondé sur les versions de Charles Perrault et des frères Grimm qui diffèrent par plusieurs points.

À l'occasion du baptême de la princesse, le roi et la reine organisent une fête somptueuse, invitant famille, amis et marraines-fées bienveillantes de l'enfant. Chacune d'elles offre un don à la princesse : beauté, grâce, etc. Les festivités cessent brusquement lorsqu'une vieille fée qui n'a pas été invitée, se présente et lance à la princesse un charme mortel.

Heureusement, une des fées commue ce charme en un sommeil de cent ans. Celui-ci interviendra lorsque, âgée de quinze ans, la princesse se piquera le doigt à un fuseau et prendra fin grâce à la venue d'un prince.

Pour protéger sa fille, le roi fait immédiatement paraître un édit par lequel il défend à tous de filer au fuseau ou d'avoir un fuseau sous peine de mort. Mais en vain, puisqu'une vieille sourde n'entend pas l'édit. C'est sur son fuseau que la Belle portera la main... entraînant l'accomplissement de la malédiction.

Contrairement à une idée répandue, le conte de Charles Perrault ne s'arrête pas au réveil de la princesse : le prince amène la princesse et ses deux enfants (la petite Aurore et le petit Jour) dans le château de sa mère, qui est une reine ogresse, puis part à la guerre. Pendant ce temps, la reine décide de manger la princesse et les deux enfants... Mais le Maître-d'Hôtel les remplace par une biche et deux chevreaux pour tromper la méchante reine. Confondue au retour de son fils, cette dernière se jette elle-même dans une cuve et finit dévorée par les serpents et les vipères qu'elle y avait fait mettre à l'attention de sa bru et ses petits-enfants.

 

Les marraines

La princesse sur le point de se piquer le doigt La princesse sur le point de se piquer le doigt Le prince découvre le château endormi. Illustration de Gustave Doré de 1897 Le prince découvre le château endormi.
Illustration de Gustave Doré de 1897

Sept fées de Perrault : l'auteur ne leur donne pas de nom distinctif. Les six premières font un don à la princesse, la septième, la plus jeune, infléchit la sortilège lancé par la vieille fée, incarnation de la fée Carabosse :a

« On donna pour Marraines à la petite Princesse toutes les Fées qu'on pût trouver dans le Pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des Fées en ce temps-là, la Princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables. »

« Cependant les Fées commencèrent à faire leurs dons à la Princesse. La plus jeune lui donna pour don qu'elle serait la plus belle du monde, celle d'après qu'elle aurait de l'esprit comme un Ange, la troisième qu'elle aurait une grâce admirable à tout ce qu'elle ferait, la quatrième qu'elle danserait parfaitement bien, la cinquième qu'elle chanterait comme un Rossignol, et la sixième qu'elle jouerait de toutes sortes d'instruments à la perfection. »


Douze fées de Grimm : de sept dans la version de Perrault, les fées passent à douze dans l'adaptation du conte des frères Grimm, plus une, la treizième, incarnation de la fée Carabosse :

« (Le roi) organisa une grande fête. Il ne se contenta pas d'y inviter ses parents, ses amis et connaissances, mais aussi des fées afin qu'elles fussent favorables à l'enfant. Il y en avait treize dans son royaume. Mais, comme il ne possédait que douze assiettes d'or pour leur servir un repas, l'une d'elles ne fut pas invitée. La fête fut magnifique. Alors qu'elle touchait à sa fin, les fées offrirent à l'enfant de fabuleux cadeaux : l'une la vertu, l'autre la beauté, la troisième la richesse et ainsi de suite, tout ce qui est désirable au monde.

Comme onze des fées venaient d'agir ainsi, la treizième survint tout à coup. Elle voulait se venger de n'avoir pas été invitée. Sans saluer quiconque, elle s'écria d'une forte voix :

  • La fille du roi, dans sa quinzième année, se piquera à un fuseau et tombera raide morte.

Puis elle quitta la salle. Tout le monde fut fort effrayé. La douzième des fées, celle qui n'avait pas encore formé son vœu, s'avança alors. Et comme elle ne pouvait pas annuler le mauvais sort, mais seulement le rendre moins dangereux, elle dit :

  • Ce ne sera pas une mort véritable, seulement un sommeil de cent années dans lequel sera plongée la fille du roi. »

 

Nom de la princesse

La princesse change de nom au gré des versions. Dans Le Soleil, la Lune et Talia, elle est Talia (le Soleil et la Lune sont ses deux enfants jumeaux). Perrault, pas plus que les frères Grimm après lui, ne lui donnent de nom, elle est simplement « la princesse ». Perrault nomme cependant sa fille « L'Aurore ». Tchaikovsky transfère ce nom de la fille à la mère et nomme ainsi la princesse Aurore, tout comme fera Walt Disney après lui.

 

Origines

Si la version de Perrault est la plus connue, elle s'inspire d'un récit plus ancien, Le Soleil, la Lune et Talia , extrait du Pentamerone de Giambattista Basile, publié en 1634.

Perrault en transforme néanmoins sensiblement le ton. Le conte de Basile, écrit pour un public aristocrate et adulte, met l'accent sur la fidélité dans le couple et l'héritage. Perrault quant à lui écrit pour un public de la haute bourgeoisie, inculquant des valeurs de patience et de passivité chez la femme.

L'intrigue contient d'autres différences notables : le sommeil n'est pas le résultat d'un sortilège mais est annoncé par prophétie, le roi ne réveille pas Talia par un baiser mais abuse d'elle, et, lorsqu'elle donne naissance à ses deux enfants, l'un d'eux lui tête le doigt, ôtant l'écharde de lin qui l'avait plongé dans le sommeil, ce qui la réveille. Dans cette version, l'histoire continue après le mariage du prince et de la princesse : la mère du prince, qui éprouve du ressentiment envers sa belle fille, tente de la manger elle et ses enfants. La jalousie des belles-mères est chose courante dans les contes.

Il existe des sources plus anciennes du conte, parmi lesquelles le roman de Perceforest, et dans lequel la princesse Zellandine tombe amoureuse de Troylus. Le père de la princesse met le jeune homme à l'épreuve pour déterminer s'il est digne de sa fille et, alors qu'il est parti, Zellandine tombe dans un sommeil enchanté. A son retour, Troylus la trouve endormie et, tout comme dans Le Soleil, la Lune et Talia, la met enceinte dans son sommeil. Quand leur enfant naît, il tête le doigt de sa mère et en extrait ainsi l'écharde de lin qui est à l'origine de son sommeil. Elle sait grâce à l'anneau que Troylus lui a laissé qu'il est le père de l'enfant. A la fin de ses aventures, Troylus finit par l'épouser.

L'histoire de Brynhild, héroïne endormie de la Saga des Völsungar, marque une origine encore plus ancienne.

 

Analyse psychanalytique

Bruno Bettelheim, dans sa Psychanalyse des contes de fées, voit dans ce récit un processus initiatique, une manière de préparer les petites filles aux changements qui les attendent.

Malgré toute l'attention des parents et les dons prodigués par ses marraines, la petite fille est frappée dès le berceau, c'est-à-dire dès sa naissance, par la malédiction qui s'accomplira à son adolescence. Cette malédiction, marquée par le sang qui coule (une allusion à l'arrivée du cycle menstruel) a une origine ancestrale, symbolisée par la vieillesse de Carabosse. S'en suit un repli sur soi (un sommeil de cent ans) et une forêt de ronces qui ne se lèvera qu'à l'arrivée du prince charmant, le seul à trouver la voie, à lever les obstacles et sortir la princesse de son sommeil grâce au baiser de l'amour. Le prince n'est en fait qu'une figure accessoire, la trame du conte mettant en scène les diverses phases de la vie d'une femme : l'enfance, l'adolescence et la jeunesse représentée par la princesse, la mère représentant l'âge adulte, la fécondité et la grossesse, et la vieillesse incarnée par la Fée Carabosse.


Sources

  1. Charles Perrault, Contes (introduction, notices et notes de Catherine Magnien), Editions Le Livre de Poche Classique

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